orientations sexuelles vs. pratiques de documentation

… redéfinition des sexualités par l’architecture des sites de rencontre – Publié dans Sociographie.net, par fp, 17 juillet 2011.

- Ce texte a été présenté lors de la deuxième session du RT 16 – sociologie clinique – penser l’articulation du goût, des identités et des pratiques de documentation sexuelle en ligne:

# INTRODUCTION 

  • Je vais aborder la question de l’impact des pratiques du web sur les manières de se définir sexuellement. En effet, les cultures sexuelles et sentimentales, les cultures de l’intime, trouvent leurs repères de plus en plus souvent sur internet, et il faut envisager que la génération des trentenaires est la dernière à avoir amorcé la construction de sa culture sexuelle sans l’usage plus ou moins intense d’Internet. D’où l’intérêt de se pencher sur ce genre de question maintenant. En ligne, il n’existe pas une manière unique de se présenter et de définir ses aspirations sentimentales et/ou sexuelles. Chaque site web génère sa propre manière de se présenter, en conditionnant les formulaires d’inscription. Toutefois, il existe une catégorie qui est systématiquement demandée par les bases de données: celle du genre.
  • Que l’on s’inscrive pour voir, pour se montrer, ou pour rencontrer en ligne, il faut préciser son genre ce qui correspond, le plus souvent, à dire si l’on est un homme ou une femme. Il est pratiquement impossible de rester à l’abri du genre, de tenter de bénéficier de la neutralité du vocable “internaute”, dès lors que l’on navigue sur le web de l’intime. En fait, l’usage final du site est peu important ici, dans la mesure où ce qui nous intéresse c’est l’articulation entre des pratiques de documentation, des circulations entre les pages à l’écran et des déclarations identitaires. Que les sites servent à rencontrer l’âme-sœur ou à rencontrer les partenaires d’une nuit, à discuter en ligne, ou bien à produire des spectacles cybersexuels, ou encore à la seule consultation de pornographie, tous requièrent une identification, au moins par le genre, à un moment donné.
  • Aussi, les manières dont les internautes s’identifient sexuellement lorsqu’ils se connectent, tout comme celles par lesquelles ils articulent leurs identifications à des pratiques hors-ligne et en ligne, sont essentielles à prendre en considération. Et c’est ce que les sites web vont faire de ces données identitaires qui nous intéresse ici. Je voudrais montrer comment le genre, l’orientation sexuelle, et l’expression des goûts sexuels sont devenus les piliers d’une gestion des parcours des internautes entre les documents proposés par les sites web. Mais surtout, je voudrais montrer comment le web de l’intime n’est pas une surface homogène, que l’on pourrait décrire depuis un point de vue unique avec un vocabulaire fixe, en lui appliquant une carte des identités sexuelle, par exemple, ou en le scindant en en deux (un web sentimental contre un web du cybersexe). Au contraire, cette hétérogénéité profonde du web de l’intime est la conséquence de l’articulation entre les identifications par les données de genre et l’accès aux documents, c’est-à-dire le résultat, non pas de variétés de comportements individuels ni d’objectifs à atteindre tout aussi individuels, mais bien d’une machinerie sémio-technique composite, fragmentaire, incohérente, et pourtant belle et bien efficace.

# DES DIFFÉRENTES MANIÈRES D’ARTICULER IDENTITÉ DE GENRE, ORIENTATION SEXUELLE ET GOÛTS … //

# CONCLUSION

  • Ignorance et curiosité peuvent être comprises toutes les deux autant sur un plan technique de la documentation et de ses modalités, que sur le plan interactionnel et psycho-social de la sexualité. C’est une politique technique de la culture et de la connaissance, donc une politique de la confrontation possible à l’inconnu qui est mise en évidence lorsque des pratiques et des cultures de l’intime se trouvent «transférées» sur le web. Dans le fond, et au travers de considérations sur les manières de se documenter, ce sont des théories morales de l’affectivité dont il s’agit de faire l’analyse. La sexualisation implicite qui supporte l’architecture sémiotique et technique des sites de rencontre généralistes, et notamment leur aspect «sexuellement neutralisé», est si profondément liée aux représentations que l’on se fait des technologies de communication «normales», qu’il est bien difficile d’en interroger les tenants en termes d’affects à partir du moment où. Au final, l’enjeu pour le chercheur consiste à cerner le passage d’une conception relativement abstraite et mathématique des identités sexuelles (fondée essentiellement sur l’orientation sexuelle soit comme principe essentiel soit comme appartenance définitive à une communauté,) à une conception de la production de cultures sexuelles et sentimentales bien plus fragmentées mais assumées comme produite à partir de documents, de produits culturels issues de l’industrie ou de circuits plus restreints, en somme ouvertement technicisée et officiellement dénaturalisée, pornographiée, bidouillée, hackée.
  • les notes de ce texte ont été perdues lors de l’import du texte, je recopie ici une biblio jusqu’à ce que j’ai appris à importer des textes pleins de notes sur dotclear… ;-)

Bibliographie indicative: … (long texte entier).

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