LA SUBSISTANCE ET LA POLITIQUE

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CHAPITRE 9: La politique du champ de taro ou la politique de la maison des hommes (sur tiscalinet):

La militante pacifiste et écologiste Zohl dé Ishtar de Sydney, Australie, a écrit un livre sur la résistance des femmes du Pacifique: Daughters of the Pacific (1994). Elle a participé à l’action de Greenpeace contre les tests nucléaires français dans le Pacifique. Avant cela, elle avait navigué sur le Pacifique pendant un an, et consigné par écrit des récits de femmes sur leur expérience avec le colonialisme et le militarisme occidentaux et la résistance qu’elles y ont opposé.

L’importance du contrôle sur leurs propres terres communautaires est mise en évidence dans presque tous les rapports et récits des femmes, en particulier dans les endroits et les îles où prédominent encore des traditions matriarcales et où la terre du clan est encore héritée matrilinéairement. Presque tous les peuples indigènes du Pacifique possèdent de la terre communautaire ce qui les connecte à une communauté. Les Maoris de Nouvelle Zélande disent, “La terre appartient aux gens, et les gens appartiennent à la terre. La terre et les gens forment une unité.” Cette vision du monde est la mieux exprimée dans l’expression maori te whenua. Elle signifie à la fois “terre” et “placenta”. La terre de quelqu’un est où son placenta a été enterré. Ainsi, on est connecté existenciellement avec elle et avec les ancêtres. Dans le nom de l’île de Belau, “belau” veut dire à la fois la terre et les gens qui y sont nés. Les femmes maoris voient beaucoup de similarités entre-elles et d’autres peuples indigènes, par exemple, les indigènes d’Amérique du Nord.

Les déclarations des femmes du groupe de l’île de Belau, qui était autrefois une colonie allemande et est contrôlée maintenant par les USA comme zone militaire stratégique, sont particulièrement intéressantes. Un mouvement massif se déclencha contre l’occupation et la militarisation, en particulier contre la politique nucléaire US. Il a été surtout soutenu par les femmes. Belau est le premier pays au monde à se déclarer lui-même “libre de nucléaire”. Une dirigeante du mouvement, Gabriela Ngirmang écrit:

Le point de désaccord principal (avec les USA) est la terre. C’est un enjeu très sensible ici, parce que nous avons des terres privées et des terres de clan. La convention avec les USA déclare que le gouvernement doit mettre des terres à disposition endéans les 60 jours à la demande des USA. Mais le gouvernement n’a pas le droit de le faire. La terre ne lui appartient pas, elle appartient aux clans. Cette convention va créer un tas de problèmes entre les gens des clans. (Zohl dé Ishtar 1994)

Les clans à Belau sont organisés selon des principes matrilinéaires. C’est pourquoi les femmes ont le plus de poids, et pas le gouvernement élu, qui est composé exclusivement d’hommes. Les femmes qui travaillent dans les champs de taro et produisent le pain quotidien ont le pouvoir entre les mains. Elles désignent un de leurs fils, pas le mari, pour les représenter comme délégué du clan dans les affaires publiques. Il doit justifier auprès femmes les décisions prises par les hommes et les femmes ont la possibilité n’importe quand, de renverser les décisions prises par les hommes. Elles n’en discutent pas dans des rencontres spéciales, mais dans les champs de taro où elles sont entre-elles. Là, toutes les nouvelles, tous les rapports, tous les enjeux politiques, grands ou petits, sont discutés et évalués. Les hommes ne vont pas dans les champs de taro. Ils “traînent”, n’ont pas de pouvoir dit Bernie Keldermans, une des femmes de Belau. Une autre, Cita Morei décrit l’importance politique, psychologique et philosophique du travail des femmes dans les champs de taro avec ces mots:

Les femmes furent laissées seules. Elles furent laissées seules dans les lopins de taro vaquant à leurs affaires. Ainsi, ces étrangers pensaient qu’ils avaient influencé la politique de Belau, mais il n’en est rien parce qu’ils n’ont pas influencé les gens qui élisent ces hommes, pour causer, pour causer. C’était le défaut dans les vues des étrangers. Ils ont laissé les femmes seules, à faire ce que nous avons fait. Les femmes continuèrent,continuèrent continuèrent, sans être touchées par l’administration étrangère, la cupidité et tout ce qui pénètre la psyché des hommes.

Le lopin de taro l’endroit pour raconter aux femmes ce qui se passe avec la convention. Quand vous le leur racontez, elles le raconteront à d’autres. La politique des lopins de taro est très d’influente. C’est d’une certaine manière, une espèce d’endroit sacré, où vous pensez à la terre. Vous pensez, “voilà à quoi j’attache de l’importance”. Vous ne pensez pas à la politique ou à l’argent. Vous pensez à ce que c’est d’être de Belau. Et cela se joue dans les lopins de taro. On se met à penser à ce que sont nos priorités à ce que sont nos besoins, à ce que sont nos faiblesses. Quand nous voulons continuer à venir aux lopins de taro, alors nous devons nous occuper de Belau. Nous devons continuer à y aller. La politique des lopins de taro. Les hommes, ils pensent à la politique, ils pensent à l’argent. Mais les femmes ont été fortes grâce au taro. (Zohl dé Ishtar). (Lisez le reste de ce chapitre 9 online chez tiscalinet).
Le livre entier, en anglais, se commande chez amazon: Daughters of the Pacific (Paperback), by Zohl de Ishtar,

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