Les femmes et la Commune

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On sait le rôle prépondérant que jouèrent les femmes le 18 mars 1871 … (extrait):
… Diblanc, Élisabeth Retiffe, Léontine Sueten, Joséphine Marchais, Adèle Chignon. Et puis il y a les anonymes. Les oubliées. Celles qui tombèrent sous les balles des Versaillais et celles qui furent dénoncées et arrêtées. Plus d’un millier de femmes passèrent en jugement, dont la plupart furent condamnées, selon l’enquête parlementaire sur l’in- – surrection du 18 mars. Les charges qui pesaient contre elles ? Leur participation à la Commune, bien sûr, mais aussi le vol, la prostitution. Céleste Hardouin serait de celles-là si son arrière-arrière-petite-fille, Catherine Thomas, n’avait retrouvé à la Bibliothèque nationale le récit qu’elle publia à compte d’auteur en 1879 et qui tomba dans l’oubli. Les Amis de la Commune de Paris 1871 rééditent aujourd’hui la Détenue de Versailles (1) qui nous livre un témoignage rare sur les conditions de détention des Communardes dans les prisons versaillaises. Céleste Hardouin est-elle représentative des anonymes de la Commune ? Probablement pas, d’abord parce qu’elle n’a pas pris une part active à la Commune, ensuite parce qu’elle était institutrice alors que les Communardes furent essentiellement des ouvrières. Elle porte pourtant un regard lucide sur la condition féminine et partage certaines revendications de la Commune. Elle vilipende en particulier l’éducation religieuse (« Martyrs de l’éducation sénile, anti-cordiale et par cela même anti-sociale donnée à la jeunesse dans ces instituts dits religieux, il faut plaindre ces pauvres êtres repliés sur eux et desséchant de mépris pour l’humanité », écrit-elle) et prône une école laïque.

Mais elle nous livre surtout une description précise de ce qui se passait derrière les murs des prisons versaillaises, alors que nous possédions jusqu’à présent peu d’éléments à ce sujet. Dénoncée anonymement, elle est arrêtée le 7 juillet 1871 et libérée le 17 octobre de la même année, après son acquittement par le 4e Conseil de guerre. Les seules charges qui seront finalement retenues contre elle seront d’avoir assisté par deux fois aux réunions du Club de la Révolution sociale en l’église Saint-Michel des Batignolles. D’une plume vive, pleine d’humour, Céleste Hardouin décrit ses geôliers et ses compagnes d’infortune de la prison des Chantiers de Versailles, la principale prison de femmes, où 400 d’entre elles furent incarcérées dans l’attente de leur procès. C’est en prison qu’elle rencontre Louise Michel avec qui elle se lie d’amitié, amitié qui ne résistera pas aux initiatives, très mal accueillies par cette dernière, qu’elle prendra pour faire libérer la « Vierge rouge ». (Claude Ravant, Humanité de Mars 19, 2003).

(1) Vente par correspondance auprès des Amis de la Commune de Paris 1871 (46, rue des Cinq-Diamants, 75013 Paris. 12 euros et frais d’envoi 1,45 euro).

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