Obama l’Africain

Publié sur radio Canada, par Sophie Langlois, le 31 décembre 2008.

Depuis quelques jours, j’écoute et je lis les revues de l’année réalisées par les médias africains. Il n’y en a que pour le président élu des États-Unis. Un éditorialiste sénégalais disait à la radio que l’homme de l’année 2008, ce n’est pas Barack Obama mais le peuple américain, pour avoir su voir la lumière… et offrir au monde ce grand leader afro-américain.

Les Africains se sont approprié sa victoire comme si c’était véritablement un des leurs qui allait emménager à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain. L’espoir que cet homme suscite ici est troublant. Les Africains se nourrissent du symbole de sa réussite comme on s’abreuve à la source après une longue traversée du désert. On a beau mesurer l’ampleur des désillusions à venir, on ne peut s’empêcher d’être ébloui par la force de cet espoir. Un espoir à la fois démesuré et lucide.

Les Africains savent bien que Barack Obama ne va pas transformer leurs terres brûlées en vallées verdoyantes d’un coup de baguette magique. Qu’il ne va pas ensemencer les océans vidés de leurs poissons par les bateaux usines venus d’Europe et d’Asie. Qu’il ne va pas emprisonner les élites africaines corrompues par des multinationales complices. Les Africains savent qu’ils vont devoir guérir eux-mêmes leurs maux …

… Quelque chose a changé en 2008. Les Africains ne subissent plus leur misère comme avant. Ils ont commencé, tranquillement, à se tenir debout … à crier leur faim. Les émeutes du printemps ont fait bouger les gouvernements, même les plus autoritaires. Les taxes sur l’essence et les prix de certaines denrées ont baissé. Ils ont compris qu’ils étaient capables de se battre et de gagner, une simple cuillère à la main. Qu’avec Internet et YouTube, l’image d’un bol vide peut désormais faire aussi mal à un gouvernant africain qu’une kalachnikov. (full text).

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