La compétition pour les riches, la coopération pour les pauvres?

Publication 505: Mieux apprendre avec la coopération – Publié dans Cahiers Pédagogiques, avec Stéphanie Fontdecaba et Sylvain Connac, le 8 juin 2013.

La question est insolente, insupportable presque. Au point qu’on ose à peine la formuler… Et que sitôt formulée, on la regrette. Stéphanie Fontdecaba et Sylvain Connac, qui ont coordonné le dossier du numéro 505, Mieux apprendre avec la coopération, ont pourtant accepté d’y répondre. Sans ambages:  

Au sortir du dossier sur la coopération, et forts l’un et l’autre de vos recherches et expériences personnelles et professionnelles, diriez-vous que la compétition est l’affaire des riches et la coopération celle des pauvres?

  • Sylvain Connac: Bien sûr que oui! Tout du moins en éducation. Pour preuve, les travaux conduits par l’équipe de Jean-Yves Rochex, ceux de Bernard Lahire. L’article de Jacques Georges sur le site montre bien, lui, dans quel cadre est née la coopération: S’il y a des formes de coopération très tôt, par exemple dans les fruitières du Jura dès le XIIIe?siècle, le mouvement coopératif – le mot coopération avec cette acception apparait en 1826 – est plutôt à relier à la révolution industrielle et à la condition qu’elle ménage aux ouvriers: ?Vivre, pour l’ouvrier, c’est ne pas mourir?, dit un observateur en 1835. Aux canuts insurgés, en 1831, un ministre avait répondu: ?Il faut que les ouvriers sachent bien qu’il n’y a de remèdes pour eux que la patience et la résignation.? Le mouvement ouvrier sous ses diverses formes, socialisme utopique, socialisme politique, syndicalisme, coopération, est le refus de cette résignation à l’inadmissible.
  • Stéphanie Fondecaba: Cela laisse en effet entendre que la coopération vient bien plus naturellement dans la galère, dont on sort peu à peu et grâce aux autres, que dans le confort. Est-ce que c’est une affaire de riches ou de pauvres, je n’en suis pas sûre. Par contre, je peux dire qu’en classe, la compétition se trouve partout ! Dans trop de classes, règnent la concurrence, les moqueries et les douces violences. C’est pas beau à voir et ce n’est pas réservé aux riches!

Est-ce que la coopération mène à tous les coups à la réussite ? A dépasser même les inégalités scolaires? … //

… Est-ce qu’il faut alors faire disparaître la compétition?

  • Sylvain Connac: Non, parce que la coopération gagne à favoriser la compétition entre les élèves, si celle-ci s’oppose au culte de la première place, niant ainsi les efforts de tous les seconds. Elle prend alors forme d’émulation, son principe étant surtout d’apprendre à dépasser ses propres limites en s’appuyant sur les performances de ses pairs.

Il ne reste alors plus qu’à toutes les bonnes volontés de se regrouper!

(full interview text).

** (auteurs dans le dossier Mieux apprendre par la coopération).

Links:

Livre: Mieux apprendre avec la coopération, dans Revue n°505, mai 2013: Lorsque deux enfants, deux élèves ou deux adultes coopèrent, ils apprennent au travers des échanges. En même temps, ils se construisent des valeurs humanistes telles que la solidarité, le partage, le respect. Des témoignages pédagogiques, des repères précis pour oser l’aventure, dépasser les embuches;

Video: How I made an impossible film, 10.55 min, on TEDtalk, by Martin Villeneuve, Filmed Feb 2013, Posted June 2013: Filmmaker Martin Villeneuve talks about Mars et Avril, the Canadian sci-fi spectacular he made with virtually no money. In a charming talk, he explains the various ways he overcame financial and logistical constraints to produce his unique and inventive vision of the future …;

Inventer une nouvelle maïeutique pour apprendre à apprendre: L’actualité éducative du N°478 de janvier 2010, dans Cahiers Pédagogiques, entretien avec François Taddéi, le 6 janvier 2010.

Comments are closed.